Création 2011

Création Tournée 2011 - 2013

L’enfant – Drame rural


2h10
Texte et mise en scène Carole Thibaut

"Nous voilà bien face d'andouille Laissés comme un chiffon sale au pied des arbres Pauvre de nous promis à une mort certaine Perdus au milieu de cet enchevêtrement de bois et de roches Ignorants innocents aux yeux grand ouverts Bouge toi face d'andouille Bouge-nous de là "


Présentation

Où il est question d’une petite communauté humaine ordinaire dans un village du sud de la France.
d’un nouveau né trouvé sur le seuil d’une maison.
d’un été trop chaud, sec, irrespirable.
d’un homme qui finit par brûler ses livres.
d’un homme qui n’aime plus sa femme et ne veut pas se l’avouer.
de chasseurs en mal de chasse, qui partent à la chasse à la femme et à l‘enfant.
d’une femme qui berce son vide d’enfant comme elle le ferait d’un enfant vivant.
d’une idiote à qui on a retiré son nouveau né et qui en retrouve un.
d’une mère qui aime trop son vieux fils et pas assez sa vieille fille.
d’une vieille intellectuelle de droite qui trompe son ennui avec de jeunes maçons de gauche.
d’un village en flammes

Processus d’écriture
« En 2009, j’ai été invitée en résidence d’écriture pour trois mois, en tant qu’auteure associée à la 6e édition du festival Textes en l’air, consacré aux écritures contemporaines, dans le village médiéval de Saint-Antoine l’Abbaye (Isère).
La première période de cette résidence a été consacrée à un travail de collectage de paroles de femmes par le biais d’un bureau d’écrivaine publique que j’avais ouvert dans l’ancien bureau de poste du village, et des rencontres dans toute la région. Un premier texte, Les Eroïques, est né à la fin de cette période de travail. J’y ai réuni et mis en forme les paroles et témoignages collectés tout au long de ces deux mois, afin de les faire entendre, à l’occasion du festival, dans une mise en espace portée par des habitantes et des comédiennes professionnelles.
Durant la seconde période de la résidence, et après un mois d’une nécessaire mise à distance, j’ai commencé l’écriture de L’enfant, création originale cette fois, imprégnée par la traversée de ces histoires réelles et de ce territoire, mais débarrassée de toute notion documentaire, de « devoir » rendre la parole, de « devoir » porter témoignage, pour revenir aux échos les plus intimes en moi de ces histoires recueillies, pour laisser mon imaginaire, mes vagabondages mentaux, mes émotions, mes propres nécessités donc, se réapproprier cette expérience, quitte à trahir, tordre et distordre toutes ces histoires entendues.
C’est ainsi que L’enfant – drame rural a commencé à se dessiner. J’en ai achevé l’écriture un an plus tard. » Carole Thibaut

Des communautés humaines qui basculent

Comme pour chacun de mes textes, l’écriture de L’enfant a été déclenchée par la rencontre d’une autre œuvre : ici Le village en flammes de R. W. Fassbinder (elle-même inspirée de Fuente Ovejuna de Lope de Vega). Dans Le village en flammes, un dictateur installe progressivement un régime de terreur dans le village de Fuente Ovejuna, épaulé par une milice musclée. Acculés, les habitants se rebellent et renversent l’ordre établi dans un acte collectif violent et transgressif : ils tuent le dictateur et le mangent. Le roi condamne alors le village à être brûlé. C’est ce péché originel, cet acte de transgression d’une des lois humaines les plus fondamentales qui m’a donné envie de raconter l’histoire d’une communauté qui bascule au-delà de l’interdit.

Le village dans lequel je situe l’intrigue est figé dans son histoire et dans une forme d’immobilisme. C’est une communauté d’où les enfants sont absents (ils ne réapparaitront qu’à la fin, jouant dans les ruines du village calciné). L’apparition d’un nourrisson trouvé sur le seuil d’une ferme (et dont on ne sait ni d’où il vient, ni de qui il est) va bousculer la vie quotidienne du village et agir sur chacun et chacune comme un révélateur. Il ne se trouvera personne dans tout le village qui accepte de s’occuper de l’enfant, ne serait-ce que quelques jours… Au milieu de la suspicion, des rumeurs, de la résurgence du passé, le nouveau-né va passer alors de mains en mains, avant de revenir à celle qui l’avait trouvé initialement, l’idiote du village. Celle-ci finit par s’enfuir dans les bois, emportant l’enfant avec elle, et poursuivie par tout le village. C’est là qu’aura lieu, en haut de la colline, à l’ombre des rochers qui surplombent le village, la faute, le crime transgressif, qui condamnera, par ricochets, le village tout entier à la destruction.

La construction de L’enfant ressemble à celle d’une fresque : elle entremêle différentes histoires humaines au sein d’un même espace. Le spectateur suit le parcours de l’enfant, symbolique autant que physique, et pénètre ainsi les intérieurs et les intimités cachés derrière les murs des maisons. Les histoires des treize personnages s’entrelacent à l’histoire de l’enfant, s’entrechoquant tels des micro-séismes, jusqu’au dénouement.

 


Distribution

Texte et mise en scène Carole Thibaut

avec Avec Marion Barché, Thierry Bosc, Eddie Chignara, Sophie Daull, Emmanuelle Grangé, Donatien Guillot, Fanny Santer, Boris Terral

création technique Collectif InVivo
scénographie Chloé Dumas
lumières Julien Dubuc
son Samuel Sérandour
costumes Magalie Pichard

production : Compagnie Sambre ; en coréalisation avec le Théâtre de la Tempête. Coproduction : Centre dramatique national des Alpes-Grenoble, Fédération d’Associations de théâtre populaire, L’apostrophe-Scène nationale de Cergy- Pontoise et la Ville de Gonesse. Avec l’aide à la création du Centre national du théâtre, du Fonds SACD théâtre et de la Ville de Paris, l’aide à la production d’Arcadi, l’aide du Dicream, le soutien à la production et à la diffusion de la Fédération des ATP, la participation artistique du JTN et de l’ENSATT. Texte écrit en résidence à Saint-Antoine-l’Abbaye avec l’association Textes en l’air et le soutien du Centre national du livre.


Extraits de presse

« Carole Thibaut écrit une fable noire qui s’achève dans le feu, la destruction totale. L’auteur met en jeu, via des personnages bien campés, les fantasmes du pouvoir masculin, de la bête souillée par tous, et que tous veulent abattre, la domination sexuelle de la bourgeoisie. Elle sait créer une atmosphère pesante, elle manie avec aisance le cut-up entre les scènes. » Odile Quirot, Nouvel Observateur

 « De belles lumières, un dispositif scénographique ingénieux (qui ressemble à celui de « Ma chambre froide » de Pommerat), et une bande son nous plaçant dans un espace-temps radicalement bouleversant font de ce drame un portrait qui semble terriblement réel. Monstrueusement réel. Sans pour autant tomber dans le réalisme gorgé de larmes et d’angoisses. Carole Thibaut a créé un monde dans l’écriture, elle arrive très bien à le faire rejaillir théâtralement, avec une pincée de cynisme grinçant bienvenue.» Hadrien Volle, Arkult.fr

  « Prisonniers comme des pions de cette communauté friande de cancans, chaque membre nous est montré, tel un Janus à deux faces, dans sa bienveillance et sa déshumanisation. (…) Subtilement, cette création théâtrale des plus originales surfe entre réalisme, mythes des origines et métaphore biblique – le dénouement tragique de l’histoire renvoie au manquement aux règles d’hospitalité et d’accueil de l’étranger dont les habitants [du village] se seraient rendus coupables. »  Blog de Phaco

« Cette pièce condamne l’impalpable et met en lumière les codes et les rites véhiculés dans les territoires reculés. L’Enfant, drame rural, une fiction qui ne laisse pas indifférent et ouvre le débat sur les effets du communautarisme rural et urbain. » Philippe Delhumeau, la théâtrotèque.com

« Une mise en scène élégante et une écriture spirituelle, qui ne cède pas au manichéisme et parcourt les différents territoires sur lesquels le Mal fleurit » Eric Demey, La Terrasse

« Il est des histoires très sombres mais d’une immense beauté. L’Enfant- drame rural, présenté actuellement au Théâtre de la Tempête, en fait partie. » Audrey Natalizi, Mes illusions comiques

« Entrelacs de personnages forts et de situations complexes, l’écriture de Carole Thibaut est remarquable. Sans jamais virer au pathos, son récit empreinte au vocabulaire paysan comme à celui des notables et évite que l’intrigue ne verse dans la caricature malsaine. Poétique sans en abuser, L’Enfant ne tente pas le virage psychologique, il reste ancré dans des terres ancestrales : celles des contes noirs. » Gwendoline Soublin, Rhinoceros

« Carole Thibaut nous fait, en cette rentrée d’automne 2012, le plus beau cadeau qui soit : une grande pièce de théâtre, une histoire qui sent la terre, la sueur et le sang, un conte sans sorcière, ni loup, ni château, mais avec un enfant abandonné.» Dashiell Donello, Un fauteuil pour l’orchestre

L’enfant – Drame rural
L’enfant – Drame rural
L’enfant – Drame rural