"Le trop nuit à l'idéal féminin La femme idéale ne saurait être que dans la mesure la réserve la bonne moyenne Par exemple je donne un exemple la femme idéale ne saurait être une intellectuelle L'intellectuelle est dans l'excès Et l'intellect est par essence avant tout masculin et trop souvent tue le féminin chez celle qui le pratique Et d'ailleurs faut-il le dire l'intellectuelle est souvent laide Sans doute compense-t-elle par une recherche avide de reconnaissance de ses capacités cérébrales un physique ingrat Or si la beauté n'est pas tout elle est nécessaire pour ne pas dire essentielle à la femme idéale Elle en est un des socles fondamentaux"
Carole Thibaut démonte de façon jubilatoire la mécanique d’oppression qui se cache derrière la notion d’idéal féminin et s’attaque, en les tordant dans tous les sens, à ses représentations. Telles que, en vrac, l’intouchable instinct maternel, le phallocentrisme (notamment freudien), les canons esthétiques (parce que nous le valons bien), les lois religieuses, les sociétés priapiques, les psy barbus et autres de tous poils, sans oublier, au passage, les pétasses, …
Fantaisies est composé de modules traitant chacun d’une représentation du féminin à travers une forme scénique spécifique. Ainsi l’interrogation des représentations du féminin va de pair avec celle des codes de représentations scéniques. Chaque module fait appel à une exploration d’une forme scénique particulière en lien avec la représentation du code de représentation genrée.
Chaque version de 2009 à 2019 s’est créée dans l’exploration de formes artistiques différentes, avec la complicité d’artistes d’autres disciplines et/ou univers esthétiques. En cela aussi le parcours de Fantaisies est une performance. Durant 10 ans, le spectacle a évolué chaque saison pour donner naissance à de nouveaux modules et à des recréations régulières. L’éditeur Emile Lansman a fait le pari fou d’accompagner ce processus en éditant 5 livres avec 5 versions différentes du texte au fil des années.
Le spectacle débute invariablement par un premier module intitulé « Accueil du public ». Il est composé d’un texte écrit spécifiquement pour chaque lieu de présentation, diffusé en voix off. Il s’achève invariablement par un dernier module intitulé « Fin provisoire de la femme idéale ». Entre ces deux modules, chaque version est constituée de 9 modules-variations autour des représentations du féminin. Ce nombre, l’ordre et le choix des modules peut cependant varier en fonction de conditions et circonstances particulières de représentations (espace scénique réduit, performance spécifique, thématiques précises, …).(Ainsi lors d’une performance à la Chartreuse en juillet 2009 Fantaisies fut présenté en 3 modules dont deux avaient été créés et un adapté spécialement pour le lieu et le temps impartis (une cellule, 25 minutes). Précisons que cette performance s’achevait sur un module spécial « dégustation de côtes du Rhône de mon cousin viticulteur dans la Drôme »)
Une femme entre en scène et cette femme pourrait répondre à une certaine image d’une femme idéale. En toutes choses très étudiées. Démarche. Voix. Tenue. Le texte accompagne et souligne cet idéal féminin qu’elle représsente, à travers des mots donc aussi idéaux qu’imprécis. Mais peu à peu, à travers la multitude d’images qui la constituent femme, la créature s’égare, se disloque lentement sous nos yeux, confrontée à son impossibilité d’incarner cet idéal. Elle n’est plus alors qu’une moitié d’humanité, trouée de toutes parts, s’éfilochant, qui tente vainement de rassembler les bouts épars d’elle-même. Et ça ne cesse de lui échapper, de fuir par tous ses trous. Elle se débarrasse de ses peaux successives, de ses représentations, s’épluche comme un oignon, essayant de dégager une vérité, une identité, enfin, de toutes ces couches de représentations qui la constituent. Au risque de ne trouver au bout que ce vide à quoi tout et tous la renvoient sans cesse ; au risque d’être avalée elle-même par le « trou noir du féminin ».
Je crois que le parcours d’un/e artiste se tisse autour de quelques obsessions qu’il/elle n’en finit pas d’interroger et gratter. Les questions du genre, de la construction de nos identités sexuées, des représentations et codes du féminin, d’une possible histoire des femmes parallèle à l’histoire officielle des hommes, ont, me semble-t-il, toujours traversé et occupé, directement ou indirectement, mon travail artistique. Avec les années il a bien fallu finir par m’avouer que ces questions constituaient pour moi une de mes obsessions. J’ai donc décidé en 2008 d’attaquer le problème de front avec ces Fantaisies. Je crois y chercher les contours de ce qui pourrait peut-être dessiner mon identité de femme, si tant est qu’une telle chose existe, au-delà de la définition en creux ou en négatif dont elle est fabriquée. Nous vivons depuis quelques dizaines d’années un bouleversement extraordinaire des sociétés à travers l’évolution de la place des femmes, sans doute une des plus importantes révolutions de l’histoire humaine. J’ai eu envie de tenter de raconter au plus intime, et ce faisant au plus universel, cette formidable mutation, de porter témoignage de ce mutant que je suis, donc, de fait, en tant que femme née à la fin du 20ème siècle. De me prendre moi-même comme objet de cette expérimentation, avec toute la subjectivité, toute l’impudeur et toute la mauvaise foi dont je suis capable. Cela s’appelle une « performance ». Et si je me laisse gagner par quelques colères féministes, qu’on ne m’en tienne pas rigueur : qu’on n’oublie pas qu’avant d’être aujourd’hui une moitié de l’humanité, je fus, pendant des millénaires, à peine une moitié d’humain…
Conception, écriture, mise en scène et interprétation Carole Thibaut
Complicité artistique Fanny Zeller
Fausse intervieweuse (vidéo) (Version # 3 – 2011) Corinne Hadjadj
Chorégraphie (Version # 1 – 2009) Philippe Ménard
Création technique et Lumières Didier Brun
Construction décor Yves Cohen et Pierre Lenczner
Création sonore Pascal Bricard
Costumes Magalie Pichard
Création vidéo (Version # 3 – 2011) Carole Thibaud
Production Compagnie Sambre (2009-2015) puis théâtre des Îlets CDN de Montluçon (2016 – 2019)
« De la chasse aux poils de la femme idéale, à ceux de la barbe de l’ayatollah dont s’affuble la comédienne dans un moment d’une grande intensité, Carole Thibaut réussit à nous faire entendre et voir que les lois perverses de la soumission s’inscrivent aussi dans la banalité du quotidien. » France Inter / studio Théâtre, Guy Flattot.
« Dans Fantaisies, sa dernière création, Carole Thibaut donne, dans un spectacle cruel et sain, à dévorer toutes les représentations phagocytant le féminin (…) Au fil d’instantanés impudiques et cruels, Carole Thibaut s’approchera au plus près de ce qui sonne faux, se disloque, éclate, hurle entre la femme et les injonctions, même tacites, qui s’abattent sur elle. » L’Humanité / Aude Brédy.
« Interrogations et analyses audacieuses sont lancées sur les représentations de la femme idéale et sur le féminin en général »VSD.
« Carole Thibaut signe avec ce spectacle mieux qu’un manifeste : la preuve éclatante de l’assurance de son talent de dramaturge et de comédienne et l’indice que l’humanité a tout à gagner à interroger ses évidences. » Aupoulailler.com / Catherine Robert.
« Carole Thibaut, excellente comédienne, ose toutes les métamorphoses et les imprécations réflexives avec un radicalisme absolu qui, même s’il est empreint de distanciation et d’humour, ne manque pas d’interpeller. Longtemps après résonne encore sa voix samplée qui répète à l’infini et en écho « Je suis la femme idéale » ».Froggydelight.com
« Carole Thibaut est à l’aise au rayon femmes (…) Quelques fantaisies plus tard, tel un fantasme qu’on regrette d’avoir réalisé, l’idéal féminin a pris un bon coup sur le nez. Culotté ! » Fluctuact.net
« Carole Thibaut joue à la perfection de cette proximité tout à la fois dérangeante et complice avec le public. (…) On retiendra une belle amplitude dans les émotions et une présence totalement magnétique de la comédienne. (…) Malgré l’âpreté du sujet, elle évite soigneusement les pièges de la pièce à thèse et nous livre une création à la fois légère et fascinante. » Les trois coups / Ingrid Gasparini.
« Un texte ciselé, une interprétation maîtrisée, des scènes jubilatoires. Finalement on l’a trouvée la femme idéale, elle s’appelle Carole Thibaut qui dans un grand jet de colère, de réflexion et d’humour signe le texte, la mise en scène et l’interprétation. (…) C’est drôle et flippant à la fois, et c’est là où se place le talent de Carole Thibaut. (…) Une pièce engagée, inspirée, un détricotage de la femme idéale » Secondsexe.com / Nathalie Olivier. Janvier 2010
« … Culot, oui. Carole Thibaut n’a pas peur. Elle ose. Elle essaye. Et, surtout, elle cherche. Et quelles que soient les limites de Fantaisies, cet « esprit d’aventure » en fait l’un des spectacles les plus audacieux que j’ai vus depuis un moment […] Avec délicatesse, humour, violence, patience, Carole Thibault tisse une toile de sens, foisonnante mais pourtant cohérente. » Les trois coups.com
« Dans Fantaises, travail en évolution constante et en lien très étroit avec le spectateur, elle incarne à merveille cette « femme idéale », experte en juste mesure : « intelligente mais pas trop, fatale mais pas trop ». Jouant sur des effets de miroir, des postiches et diverses voix off, Carole Thibaut dénonce l’ambiguïté de ce fantasme de toujours, ses contraintes et ses fatalités surtout. » Evene