Création 2023

Ex Machina


durée 1h35 • dès 15 ans
de et par Carole Thibaut

"Mais elle n’a pas lu Virginia Woolf. Elle n’a rien lu de ce qui lui permettrait d’assurer un peu sa pensée. Elle n’a rien lu de ce qui lui permettrait de sentir un peu de terre ferme sous ses pas. Elle flotte dans l’air épais, elle gesticule dans le vide pour ne pas tomber. "


Présentation

Carole Thibaut signe avec Ex Machina un spectacle-performance jubilatoire sur les mécanismes de domination et de genre.

Depuis des années, elle compile des notes, réflexions et lectures sur les questions de genre et de pouvoir. Dans la continuité de ses précédents solos-performances (Longwy-Texas, Fantaisies, l’idéal féminin n’est plus ce qu’il était, Space Girls), elle se met ici « en jeu », s’inspirant de son parcours pour écrire un récit puissant, qui mêle l’intime et le politique, le récit initiatique et la fable. Elle y interroge l’entrechoc du genre et du pouvoir, au fil du temps, chez la petite fille élevée dans la plus pure tradition patriarcale, chez la jeune femme devenant actrice dans les années 90 (bien avant le mouvement #MeToo…), puis metteuse en scène et autrice dans un milieu alors presque exclusivement masculin et enfin, parallèlement, directrice (de théâtre, de compagnie). Elle observe ce que génère et révèle cette relation paradoxale au pouvoir, subi depuis toujours et en même temps exercé, et la possibilité (ou non…) de subversion des ordres établis

La directrice entre en scène, élégamment vêtue, devant un rideau fermé, quelque peu désuet, elle accueille le public par le mot traditionnel de bienvenue avant d’entamer une chanson « en écho thématique avec la petite prestation scénique que l’artiste va accomplir devant le public ce soir ». Elle sort et, tel un trompe-l’œil dans un tableau de Rembrandt, le rideau s’ouvre pour dévoiler la scène : une baignoire à pattes de lion recouverte de velours rouge, trônant devant un second rideau, rouge lui aussi. Il évoque tout à la fois le sang, le théâtre et l’habit d’apparat. Matière royale et organique. Une créature hybride à tête de cerf et cape carmin observe la scène d’un œil vide. Un air de flûte aux accents médiévaux résonne au lointain. C’est beau et très – trop – théâtral, comme quelque chose qui cloche. Un pan du rideau de velours rouge est au sol, déjà tombé, révélant un cyclo anthracite. À cour, une télévision tourne en continu, rythme le récit en même temps qu’elle le dicte : aux titres de chaque séquence succède un flot d’images documentaires ou tirées d’archives familiales. À mesure que le récit avance, il se délite. De la même manière que la figure de la directrice achoppe à incarner l’actrice, la représentation théâtrale se heurte à ses propres cadres. Il faut ruser, passer par des chemins de traverse pour échapper aux arcanes du pouvoir et de la représentation attendue (sociale/théâtrale). Les images sur le petit écran se brouillent. Ça déborde, ça glisse. On ne sait plus si le spectacle est écrit ou s’improvise sous nos yeux. Il devient performance. La musique se mue en cri. Devant nous émerge un être monstrueux et clownesque à la fois. Il questionne les limites. Comment dépasser la représentation de soi et réinvestir le récit ? Comment sortir des schémas attendus, des cadres qui nous enserrent au point d’étouffer notre parole ? Comment sortir de la machine ? Le corps, épuisé, vulnérable, laisse place à l’écriture, à la parole : d’objet, il redevient sujet ; et sur toutes les surfaces disponibles s’écrit la possibilité de l’émancipation.

 


Distribution

Texte, jeu et mise en scène Carole Thibaut
Assistante à la mise en scène Liora Jaccottet
Création lumière Yoann Tivoli
Création sonore Karine Dumont
Création vidéo Benoît Lahoz
Création costumes Malaury Flamand assistée d’Ophélie Reiller
Dialogues artistiques et amicaux Pascal Antonini, Caroline Châtelet, Marion Godon, Elsa Granat, Vanasay Khamphommala, Philippe Ménard
Régie générale et lumière Guilhèm Barral
avec l’aide de Léo Laforêt, Laurent Lureault ainsi que de toute l’équipe du Théâtre des Îlets

Spectacle repris en tournée en 2024 au CDN de Montluçon, aux Plateaux Sauvages, au Théâtre de la Bastille, au Théâtre national populaire de Villeurbanne, au Préau – CDN de Vire, à la Maison Folie Wazemmes, à Lille, etc. 

Extraits de presse

« Une proposition forte, brute, personnelle, qui s’élève contre les mécanismes de la domination masculine. » La Terrasse –  Manuel Piolat Soleymat

« Une performance solo incandescente et percutante. […] Des questionnements personnels qui redeviennent universels dans un ultime et vaste hommage à l’ensemble des corps en lutte, à l’ensemble de celles et ceux qui se meuvent contre l’oppression patriarcale. » Sceneweb –  Fanny Imbert

« Allant telle une guerrière à la rencontre de ses fantômes intérieurs, elle livre une performance singulière à la limite du stand-up. » L’Œil d’Olivier –  Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

« Ce spectacle hybride, mêlant passages de stand-up, performances et séquences de théâtre, réussit le pari de nous embarquer dans cette histoire de femme et de société. Tout un chacun s’y retrouve, hommes et femmes confondus, grâce au biais intime emprunté par l’artiste. » Télérama –  Kilian Orain

« Avec éclats de rire, désordre et violence, [Carole Thibaut] délivre une dionysiaque, pugnace et revitalisante incantation à sortir de la machine, une performance indéniablement spectaculaire, d’une générosité et d’une liberté folles ! » Pianopanier – Marie-Hélène Guérin

« Tout au long de sa performance, Carole Thibaut s’amuse à manier l’humour et l’outrance. Lorsqu’elle décrit les enjeux du pouvoir et les obstacles qu’elle doit surmonter afin de tenter une forcément « petite » carrière, Carole Thibaut nous emporte. »  Libération – Anne Diatkine

Ex Machina
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